Ramona Dutil

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Mon voisin Robert

Mon voisin Robert - Ramona Dutil

Cette fois, c’est décidé, je déménage ! Assez de ce quartier trop bruyant. Je veux m’installer dans un endroit calme où l’on entend le chant des oiseaux quand on se réveille le matin. Et ne pas être obligée de fermer les fenêtres pour dormir, parce que Robert, le voisin d’à côté, a encore reçu ses amis jusqu’à point d’heure !

Parlons-en de Robert. C’est à peine s’il me dit bonjour quand je le croise dans l’escalier. D’ailleurs, il me paraît inquiétant avec ses cheveux noirs et son regard bleu acier. Quelquefois, nous arrivons devant l’immeuble au même moment. Je m’arrange pour ralentir un peu le pas et le laisser rentrer le premier. Et j’attends qu’il ait claqué sa porte pour monter quatre à quatre les étages, jusqu’à mon appartement.

La semaine dernière, alors que je me trouvais dans la boulangerie de mon quartier. Je l'ai vu. Il avait l’air soucieux, la mine "chiffon".  Il est entré dans la boutique. J’ai vite baissé la tête pour qu’il ne voie pas mon visage. Nous attendions patiemment d’être servis. Je le sentais juste derrière moi. Des effluves de son parfum, pourtant discret, chatouillaient mes narines. J’en étais presque troublée. Quand ce fut mon tour, j’ai demandé une baguette en bafouillant, j’ai payé et je suis partie sans lever la tête. Je suis sûre qu’il ne m’a même pas remarquée. D’ailleurs, comment pourrait-il s’intéresser à moi. Je ne suis pas comme ses nombreuses copines, belles, arrogantes, élégantes. Bref, le genre de filles auxquelles on aimerait ressembler quand on est, comme moi, petite, boulotte, mal fagotée et timide.

Pour m’aider à prendre de l’assurance, je me suis mise au théâtre. 3 ans maintenant que tous les vendredis soir, je m’essouffle sur les planches, tant j’ai le trac, au grand désarroi de mon professeur, qui tente avec bienveillance de me redonner confiance en moi. J’apprends pourtant mes textes sur le bout des doigts et devant mon miroir, je m’entraîne jusqu’à épuisement. Mais au moment de jouer, je rentre dans ma coquille et on ne peut plus rien tirer de moi. Je suis un cas désespéré. Si, si. C’est ce que me disait ma copine (qui depuis ne l’est plus) à l’époque où l'on se confiait encore nos malheurs.

Et un jour, j’ai eu un déclic. Je me suis prise par la main et j’ai osé. Lors de la répétition d’une comédie grinçante et drôle, je devais entamer, à la fin de l’acte II, un monologue triste à mourir. Et là, sous l’œil critique de mes camarades, j’ai respiré profondément et je me suis lancée. Les mots sortaient de ma bouche comme par enchantement. Aucune transpiration, aucun tremblement. Je n’avais plus peur.   

À partir de ce jour-là, ma vie en fut changée à jamais.

J’affrontais tous les regards avec assurance, je marchais la tête haute, je chantonnais, je me surprenais à sourire, je me trouvais presque jolie.

Un matin, alors que je rentrais d’une rencontre pour une entrevue d'un poste pour une compagnie de remplacement toiture Mascouche, je suis tombée nez à nez avec un livreur qui apparemment, devait remettre une boîte à l’un des résidents de mon immeuble. Comme  je le voyais désespérément sonner chez Robert, je lui ai proposé de prendre cette lettre et de la lui remettre moi-même. Le pli avait l’air urgent et le jeune homme pressé. Je me suis donc retrouvée, moi, en possession d’une chose appartenant à celui qui hantait mes pensées depuis des mois, voire des années.

J’ai foncé dans ma salle de bain et je n’en suis sortie qu’une heure plus tard, maquillée, coiffée, habillée (d’une robe d’été somptueuse que j’avais acheté dans une boutique de luxe et qui valorisait mes rondeurs), et je l’ai attendu. Toute la nuit.

Le lendemain, vers 8 heures, on a tapé à ma porte. À peine réveillée, les cheveux en bataille, les yeux boursouflés d’avoir si peu dormi, vêtue d’un tee-shirt « Mickey » qui descendait jusqu’aux genoux, j’ai ouvert. C’était Robert.

Ne me demandez surtout pas la tête que j’ai faite au moment où je l’ai eu en face de moi, lui, gêné de me déranger, presque touchant, alors que je n’avais qu’une envie : prendre mes jambes (nues) à mon cou et me mettre dans un trou de souris ! La compagnie de livraison avait déposé un message sur son portable disant que j’avais récupéré son courrier. D’où sa présence sur le pas de ma porte. Amusant, non ?

Je lui ai proposé de me laisser quelques minutes (j'en ai pris au moins quinze) pour me changer. Il est donc entré (chez moi !) et m’a attendue sagement. La jolie robe d’été n’était plus de mise, soyons honnêtes. J’aurais tout simplement été ridicule. J’ai opté pour un jean style "bohême" qui m’allait comme un gant (ne vous moquez pas) et un pull gris souris assorti à mes yeux. Une pointe de rouge à lèvres, un peu de fard sur les joues et le tour était joué.

Après 3 cafés, j’étais comme une pile électrique et lui, d’un calme olympien. Nous avons ri et discuté longtemps, tellement longtemps, qu’à un moment, il a regardé sa montre et s’est excusé de devoir me quitter. Déjà ?

Après son départ, je me sentais pousser des ailes. Ce garçon est bien différent de ce que j’imaginais. Il est charmant, gentil, prévenant, respectueux. Et célibataire. Mais loin de moi, l’idée d’échafauder des plans sur la comète.  Je savourais simplement ces instants précieux.

Le soir même, il m’a invité à déguster des sushis chez lui. J’ai dit oui.

Et vous savez quoi ? J’étais heureuse. Je venais de me faire un nouvel ami. 

 

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Amusante et pétillante, ça c’est moi! On me considère comme une joie de vivre sur deux pattes. J’adore la vie dans son ensemble et je me fais un plaisir de partager cette passion au quotidien sur le Web. Touche à tout et curieuse, ce blogue vous fera découvrir un paquet de trucs passionnants! Eh oui, je suis comme ça!